jeudi 10 juillet 2008
Il est noir, les cheveux coupés raz, il a les yeux marrons et le nez un peu aplati…
…si on fait abstraction des « Obrunis », homme blanc en Twi, (1/1000 de la population), c’est à peu près la description de tout un chacun ici…et ça nous met parfois dans des situations un peu délicates ! …d’autant que dès le premier jour de notre arrivée à Kumasi, Stephen (le monsieur qui nous encadre ici) nous a fait faire le tour des bureaux et nous a présenté à une dizaine de personnes…+ celles à qui nous parlons régulièrement dans la rue + les gens de la guest house…ça commence à faire du monde ! C’est comme ça qu’on se retrouve à dire 4 fois bonjour à une personne dans une journée, parce qu’elle a eu la chance de croiser 4 fois notre route et que nous sommes incapables de savoir si c’est bien elle à qui on a déjà dit 3 fois bonjour. C’est comme ça aussi qu’on demande à la personne responsable de la guest house où est la personne responsable de la guest house alors qu’on lui avait parlé 2 h avant !… nous par contre, on nous connaît, et on nous reconnaît ! (les deux blancs perdus qui viennent d’arriver). Heureusement, les gens ont la gentillesse de garder la même chemise toute la journée, voire même 2 jours de suite (et oui, on fait avec les moyens du bord pour se repérer)…tout ça pour dire que nous sommes un peu déboussolés, nous qui d’habitude repérons les gens par la couleur de leurs yeux, de leur cheveux, ou la forme de leur nez !
Notre boulot
Parce qu’en fait, on n’est pas là en vacances. Bah non, nous on aurait bien voulu, mais personne ne voulait nous les payer.
On va essayer de résumer le sujet de notre stage, en « vulgarisant » pour que tout le monde comprenne. Donc les fifons, c’est normal si vous avez l’impression qu’on écrit gaga, mais les gens normaux ne savent pas forcément ce qu’est une surface terrière, un houppier ou un jabiol étalon.
Donc, notre stage.
Suite à la conférence de Rio, protocole de Kyoto, et autres grands sommets sur l’environnement, les grands de ce monde ont décidé de diminuer les rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Des systèmes de permis de polluer ont alors été mis en place avec une allocation par marché. On mesure les quantités de CO2 rejetées par chaque pays à une date t, puis les pays peuvent vendre ou acheter des crédit-carbone selon que leurs rejets de CO2 diminuent ou augmentent à partir de ce moment. Exemple fictif : la Suède fait des efforts et diminue ses émissions de 40000 tonnes de C02 l’année t+1. Comme par hasard, les Etats-Unis ont augmenté leurs émissions de 40000 t cette même année. Mr Bush doit alors racheter des crédits carbone, par exemple à la Suède, pour compenser les rejets de son pays. Attention, une erreur s’est glissée dans cet exemple, saurez vous la trouver ?
On espère que vous avez compris jusqu’ici. Il semble qu’il y en ait qui ne suivent plus trop dans le fond de la classe, réveillez-vous ! Ok, vous avez pigé mais vous ne voyez pas le rapport avec le Ghana et nous?
Le rapport c’est que les forêts stockent du carbone. On ne vous met pas la jolie équation, mais en gros, lors de leur photosynthèse, les arbres aspirent du CO2 et rejettent de l’O2.
D’où l’idée de rémunérer les forêts pour le carbone qu’elles stockent en vendant des crédits carbone en fonction du CO2 absorbé par les arbres. De nombreux projets sont actuellement en cours sur ce thème, consistant en gros à planter des arbres et à les mesurer quelques années après pour pouvoir revendre des crédit carbone au prorata de la quantité stockée. Vous suivez ? On se rapproche petit à petit de notre job…
Actuellement, des recherches sont en cours pour voir si on ne pourrait pas vendre des crédits carbone pour des forêts déjà existantes. Par exemple en évitant des déforestations.
Ou encore (et c’est là que ça nous intéresse, cher lecteur) en diminuant les dégradations lors des coupes d’arbre. Et oui, même si on ne coupe que quelques arbres dans la forêt, il faut créer des pistes pour y accéder, on blesse d’autres arbres, etc.. et c’est ce qu’on appelle les dégradations.
D’où notre sujet de stage qui vise à chiffrer l’impact sur les stocks de carbone des dégradations lors des coupes. En gros, on va aller dans une forêt, mesurer les stocks de carbone avant coupe (en fait on mesure la biomasse : les arbres, les herbes, les lianes, l’humus…et avec une jolie équation on trouve la quantité de carbone correspondante), puis repasser après pour mesurer ce qui a été détruit. Pour les passionnés du premier rang, vous aurez plus de précisions sur notre boulot quand on sera sur le terrain. Pour l’instant, on rencontre des gens qui pourront nous aider par la suite et surtout on lit plein de trucs plus ou moins barbants en anglais sur le sujet. Et la semaine prochaine, on va normalement être avec Winston, un gars qui fait la même chose que nous dans une autre forêt.
Voilà donc pourquoi on est ici.
Bravo à toi qui a courageusement lu cette page sans photo…






